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Résumé : Tout le monde est unanime : on l’adore, on le déteste, on adore le détester. Gabriel Latendresse est l’amour de ma vie, mon étoile au firmament. Il est aussi mon excuse pour me gaver de chocolat le vendredi soir. Je suis la seule à lui vouer un amour inconditionnel.  Les autres l’aiment lorsqu’il sourit de ses dents éclatantes, ils le détestent dès qu’il entreprend ses rêves. Tous des jaloux. Ils disent vouloir mon bien, mais je m’entête. Il est mien et il est tout ce que j’ai.
J’y crois fermement jusqu’au jour où je monte clandestinement dans la roulotte de l’imposant Simon Duval pour découvrir la double vie de Gabriel  à 1115km de Montréal. J’ai peur que Simon me jette sur le bord de la route, ce n’est pas l’envie qui lui manque. Pourtant, quelque chose le pousse à me garder..

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***

Je me suis cachée dans la douche, rideau fermé, bouche cousue. Lorsqu’il a ouvert la portière étroite du camping-car pour déposer ses victuailles, Simon Duval n’y a vu que du feu.

Ce n’est qu’une fois qu’il a refermé derrière lui, que le moteur de son camion a été mis en marche, que j’ai pu respirer. Mon cœur bat si vite que je dois m’asseoir, je tire le rideau brusquement pour prendre une réelle bouffée d’air.

Je n’ai pas fait tant de folies dans ma vie, celle-ci comptera donc pour toutes les sagesses dont j’ai façonné mon existence. Entrée par effraction, vol de clé, vol de nourriture, violation de lit. Je me vois déjà devant le juge. « Non-coupable pour cause d’aliénation mentale ! »

Et ce sera sûrement vrai.

Je suis ici pour Gabriel. On dira que je suis tombée sur la tête, je m’en fiche éperdument.

J’ai mal aux jambes d’être restée immobile aussi longtemps, je sors de la douche pour évaluer mes options. J’ai encore quinze longues heures de route, aussi bien m’installer confortablement.

Je dois enjamber les sacs et la glacière pour rejoindre le lit, tout au fond de l’habitacle. Je serre les lèvres en constatant que Simon a le même sac noir et blanc que Gabriel. C’est stupide, de me laisser déprimer par un détail pareil, mais c’est plus fort que moi. Alors que je devrais me concentrer à avoir peur de me faire prendre ici, je ne remarque que les reliques de mon ancienne vie.

***

« Folle à bord », voilà ce que devrait dire l’autocollant sur ce véhicule. Mon histoire est pourtant simple. Je suis amoureuse d’un homme qui m’échappe. Il y a déjà des années que j’aurais dû piquer une crise, pourtant, il y a trois mois, je l’ai laissé partir sans me battre.

Il était près de vingt-deux heures lorsque j’ai ouvert la porte de mon petit appartement sur la rue St-Denis. Je suis entrée en longeant le couloir de bois franc. Au pied du mur, juste avant la cuisine, gisaient les valises.

— Ce n’est pas vrai, ai-je murmuré pour moi-même.

Il n’avait que deux sacs, cette fois. J’ai déposé ma veste et mes clés, j’ai replacé mes cheveux.

— Pas de valise à roulettes, ce coup-ci ?

Gabriel était sur le divan, les deux pieds sur la table. Il s’est tourné vers moi.

— Ève !

Je me suis assise à côté de lui. Même fâchée, livide, je n’ai pas résisté, je me suis vautrée dans ses bras.

— Où et pour faire quoi ?

— Havre-Saint-Pierre, pour plonger.

— Encore ? Il n’y a pas de flaque d’eau à ton goût en Montérégie ?

— Je vais en profiter pour photographier des anémones et chasser de gros poissons.

— Tu n’es pas sérieux, Gabriel…, et je ne pense pas que les gros poissons nagent jusqu’à Havre-Saint-Pierre, c’est bien trop loin.

Alors qu’il a ignoré volontairement ma complainte, je me suis agenouillée sur le divan pour le regarder. Je l’aime, cet aventurier.

Je le déteste aussi.

— Tu as pris congé du bureau ?

Gabriel a tendu le bras vers sa bière qui pétillait sur la table basse.

— J’ai démissionné.

Démissionné. Évidemment ! J’ai cru que j’allais l’étriper.

— Tu me fais chier, Gab.

Je ne suis pas souvent grossière, mais là, j’étais au bout du rouleau.

— Tu le sais que je m’ennuie à mourir.

Je m’étais promise de ne jamais, au grand jamais, pleurer devant lui. Pourtant ce soir-là, j’avais la lèvre inférieure qui dansait. Je me suis pressé les tempes du pouce et de l’index. Alors que la mer était dans sa tête, le fleuve était dans mes yeux.

— Viens ici. Oh ! Ève ! Je dois le faire.

— Combien de temps ?

Il a haussé les épaules, impénétrable, comme toujours.

— Et après ?

Gabriel a caressé mes cheveux, doucement, avec attention.

— Je ne sais pas.

— Nous n’allons nulle part, comme ça, Gab.

— Je ne te demande pas de gaspiller ta vie pour moi. Quand je serai parti, ne m’attends pas.

— Alors, c’est la fin ?

Je ne lui ai posé aucune autre question.

Je le connaissais, je savais que ça ne servait à rien.

***

Il n’était plus là à mon réveil, mais j’avais une note sur son oreiller. On se serait cru dans une production hollywoodienne.

« Évangéline »

Il aurait pu faire une photocopie de la note précédente et me la refiler à nouveau.

Je n’ai connu aucun autre homme que Gabriel, il a toujours été en orbite autour de moi, d’aussi loin que je puisse me souvenir. Adolescent, il venait toujours à la maison, puisqu’il fréquentait Pierre, mon frère aîné. Ils étaient inséparables.

Gabriel entrait et sortait de notre maison comme s’il s’agissait d’un moulin. Ses parents étaient souvent absents. Je crois même que son père a passé quelque temps derrière les barreaux, mais ça, c’était un sujet tabou. Bref, Gab était chez nous comme chez lui. Une entente tacite semblait s’être établie entre ses parents et les miens. Ma mère, surtout, l’adorait.

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L'Aventurière des causes perdues© 2011 par Marie Potvin, Numeriklivres. Tous droits réservés.

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